Skip to content Skip to footer

Lors d’un webinaire du … consacré au design centré sur l’humain, Philippe Vahé – Product Design Director chez Carrefour – et Emerson Delcourt – Head of Design chez Décathlon – se sont donné le défi de questionner le passage du design centré sur l’utilisateur à l’humain.

La crise : un moment idéal pour se remettre en question.

Le ralentissement économique provoqué par la Covid-19 ne semble pas avoir touché toutes les enseignes, il semble même avoir permis à certaines entreprises de réfléchir à leurs modes de production et de remettre en question leurs produits. La crise, comme l’a expliqué Thibaud Drouet, est le temps de l’évolution. 

Chez Décathlon, Emerson Delcourt a décidé de raviver la nécessité de développer des produits plus utiles, plus durables, plus désirables et surtout au service des consommateurs.

La crise a permis selon lui aux entreprises d’accélérer le rendement de projets de fond et de transformation, dans le but de répondre plus aisément aux attentes des consommateurs et de lutter contre l’obsolescence.
Qu’il s’agisse du designer, du concepteur, des transformateurs, des rêveurs, des modélistes ou encore des prototypes, tout le monde doit s’atteler à cette véritable question : quels sont les réels besoins des consommateurs?

Comme le rappellent Philippe Vahé et Emerson Delcourt, pour recentrer le design sur l’humain, il faut user de plusieurs leviers : la prise en compte de la cible, l’écoute de spécialistes et le changement de l’expérience de consommation.

Analyser les besoins de sa cible

Comment devenir le préféré des consommateurs ? C’est le challenge ambitieux qu’affronte Philippe Vahé chez Carrefour. Par l’analyse des préférences des consommateurs et sa volonté d’aller au delà des produits déjà existants sur le marché, il montre à quel point un produit simple – avec peu de pièces par exemple – et vu comme essentiel peut être destiné et utilisé par tous.
Pour se diriger vers un design humain, les produits doivent donc aider au quotidien et l’améliorer. Le produit sera d’autant plus humain s’il peut être une solution pour le plus grand nombre.

L’ADN du produit reflète cette volonté de répondre aux besoins des consommateurs comme l’illustre Emerson Delcourt avec le masque « Easybreath » de snorkeling. C’est en réalisant des interviews sur le terrain – en bord de mer – que l’équipe de Décathlon a compris comment résoudre le problème des personnes qui n’arrivaient pas à passer de respiration nasale à orale. Le design centré vers l’humain a donc nécessité l’observation et la communication avec les clients et les utilisateurs afin de connaître les retours sur le produit.

S’entourer des bonnes personnes.

Il ne suffit plus de s’entourer de designers compétents pour proposer des produits adaptés aux besoins des consommateurs : la présence de sportifs chez Décathlon ou des philosophes chez Renault a permis de rendre les produits plus humains.

Ainsi depuis quelques années, Michel Aballea – CEO de Décathlon -, affirme-t-il que le « qui » est plus important que le « quoi » et tend à privilégier fortement la motivation à la compétence. L’homme est au centre de la mission et de la vision de l’entreprise; elle tend à démocratiser le sport pour partager une véritable complicité avec ses consommateurs.

La présence de sportifs dans les équipes de conception et d’innovation de l’entreprise va permettre la création et le développement d’articles dans de nouveaux sports et de répondre rapidement à des questions évidentes, telles que « pourquoi on a autant de difficultés pour mettre une combinaison de plongée ? » Ou encore Pourquoi on a autant de difficultés pour mettre ses bottes de ski ? ». Allier les professionnels du sport et des novices permet de répondre à toutes les ambiguïtés et de s’adapter à tous les besoins, comme a pu l’illustrer le cas du kayak gonflable né d’un simple sentiment d’absurdité face au déplacement d’un kayak assemblé.

Comme le rappelle Isabelle Bonfanti, la présence de spécialistes des sciences humaines – sociologues, ethnologues ou philosophes – est nécessaire dans les entreprises qui n’ont pas une vision de marque et qui ont du mal à s’imaginer la notion de mission et de vision. Leur présence va permettre d’entrevoir le futur et de répondre aux besoins des consommateurs dans leur globalité : les sciences humaines sont un indéniable atout pour les entreprises qui mettent du coeur à l’innovation l’humain.

Le design centré sur l’humain passe aussi par le design thinking, qui va permettre à l’entreprise de s’enrichir en connaissances spécifiques sur ses consommateurs et d’adapter les produits à leurs réels besoins. L’humain doit être vu comme un objectif principal par l’ensemble de l’entreprise : Laurens van den Acker – designer automobile pour Renault depuis 2009 – l’avait bien compris et c’est ce qui a permis à l’entreprise de redresser ses ventes. En s’appuyant sur un dessin de marguerite, il a montré à l’ensemble des employés – des designers aux contrôleurs de gestion – à quel point la vie était essentielle pour satisfaire les attentes des clients : la métaphore de la vie contenue dans la fleur dont chaque partie indépendante d’une autre a convaincu ses collaborateurs que le travail devait être commun.

Adapter ses ventes : « pour un humain, par des humains ».

En prenant compte les besoins et les capacités des consommateurs, il est possible de mettre en place un projet ambitieux et de fixer un prix de vente accessible. Selon Philippe Vahé, ce prix ainsi que la quantité de production ne doivent pas changer : il faut rappeler au client que le produit a été fait pour lui. Le prix ne doit pas être vu comme un frein pour l’acheteur et la qualité du projet doit satisfaire dans l’idée que le produit aussi peu cher soit il correspond bien à ses besoins, ses attentes.

Aujourd’hui de nombreux défis viennent s’ajouter au design centré sur l’humain : la sur-consommation et la pollution sont de mises. Le développement de l’éco-design et de la collaboration entre entreprises sont des solutions évoquées par Cyril Kergadallan, Xavier Lefol et Laurent Lamballais durant le webinaire : il ne faut plus gaver les consommateurs de produits mais bel et bien prendre en compte l’expérience utilisateur pour diversifier les propositions : avec l’exemple du camping, le head designer de Décathlon évoque la possibilité de mettre en place des locations ou des prêts, plus proches de l’humain. Cette diversification des propositions permet au consommateur d’adopter une attitude plus écologique et renforce la complicité avec l’entreprise; le consommateur s’y sent respecté dans ses engagements humains.

D’un autre côté, le relocation design semble séduire la majorité des designers présents : il permet de comprendre aisément des défis au niveau local et d’apporter une solution adaptée à chacun : plus respectueux des besoins et des ressources, il valorise les entreprises qui s’en empare.

Pour conclure

Le design centré sur l’humain est le fruit de nombreuses analyses et recherches sur le monde des consommateurs, sur ce qui les définit et le caractérise. En s’appuyant sur leurs recherches et en répondant aux consommateurs, il devient possible de se rapprocher et d’envisager le futur à leurs côtés. Les produits ne répondent plus seulement à un besoin mais deviennent la solution à un problème « adoucissant » la vi, il y trouve bien aisément sa place.

Show CommentsClose Comments

Leave a comment